|
C'est l'élément le plus intéressant,
le plus complexe aussi, du point de vue urbain et architectural.
La définition de L'hôtel est malaisée car
elle repose sur des paramètres subjectifs.
C'est une grande demeure construite pour une seule famille,
dont la taille et le décor renvoient au rôle social
que cette famille joue ou aspire à jouer dans la cité.
L'hôtel est ouvert sur la rue par une porte cochère
soulignée par de armes; il possède une grande cour
est souvent un jardin.
Enfin, L'hôtel renferme des pièces spécifiques
à la haute société : galerie, chapelle privée...
L'hôtel est déjà un élément
important de la ville médiévale. Jadis, les quartiers
du Louvre et des Halles en étaient remplis, mais les mutations
de la ville les ont fait disparaître presque complètement.
Lorsque l'on parle aujourd'hui d'hôtel particulier
(à Paris), c'est au faubourg Saint-Germain ou au Marais
que l'on songe.
Pourquoi le Marais est-il, par excellence, le laboratoire
de ce que l'on appelle traditionnellement "L'hôtel
entre cour et jardin", formule trop restrictive et à
laquelle on préfèrera celle d'hôtel "à
la française"?
Tandis que la ville médiévale n'offrait pas
toujours des terrains réguliers, obligeant à des
plans tordus, compliqués, avec des angles rentrants, le
Marais, au contraire, était encore largement, au milieu
du XVIe siècle, un vaste champ à bâtir, avec
un terrain plat et des rues neuves rectilignes.
Des conditions topographiques nouvelles, qui pèsent
toujours sur l'architecture d'un poids caiptal, étaient
donc réunies, au moment où l'art s'abreuvait aux
modèles ramenés d'Italie; on sait, en effet, à
quel point les guerres des Valois-Orléans et Angoulême,
peu fructueuses sur le plan militaire, furent riches sous le
rapport de l'art.
Il faut aussi souligner que l'apparition, à cette époque,
d'hôtels en nombre important, et suivant un canon très
semblable, correspond également à l'émergence
au XVIe siècle du second âge de la monarchie : de
militaire, de "féodale", elle entre dans l'âge
administratif.
Le roi gouverne désormais avec l'appui d'une puissante
administration, composée non de fonctionnaires, qui n'existaient
pas, mais de robins, c'est-à-dire de bourgeois ayant acheté
une charge et ayant été anoblis au service de l'État.
Ceux-ci, à la différence de la noblesse d'épée,
qui se ruinait alors par ses frondes contre l'État, avaient
moins besoin d'un château en province, sur des terres qu'ils
n'avaient pas encore achetées, que de résidences
urbaines, proches du Pouvoir, qui se sédentarise et se
centralise tout à la fois : Paris redevient en 1528, et
jusqu'en 1682, le siège permanent du gouvernement.
Comment définir un trait commun à ces
hôtels?
La composante principale des demeures qui vont s'élever
est la symétrie : voilà ce qui est réellement
nouveau. Plus, en tout cas, que le fameux plan entre cour et
jardin, qui nous distingue des italiens, mais qui existait
dès le Moyen Age comme l'attestent L'hôtel Jacques
Cur à Bourges, et, à Paris, les hôtels de
Cluny et de Sens. Il convient d'ailleurs de nuancer le propos,
puisqu'il existe aussi un type d'hôtel en façade
sur la rue, bien représenté dans le Marais.
On peut distinguer deux grandes époques dans l'évolution
architectural de L'hôtel : le temps de la simplicité
et le temps de la subtilité.
Entre les deux, sous Louis XIII, se place une période
de tâtonnement et de recherche passionnante, véritable
révolution de l'art d'habiter, conduite par : François
Mansart et Louis Le Vau.
Le temps de la simplicité
Les hôtels construits dans le Marais, de la Renaissance
au règne de Louis XIII, obéissent à trois
caractères simples et clairs:
 |
1.- Le corps de logis est placé
entre une cour et un jardin d'agrément, l'éloignement
de la rue étant recherché. Mais surtout, L'hôtel
est construit sur un axe unique ou centré . |
|
 |
2.- Le corps de logis est simple
en épaisseur, c'est-à-dire qu'il n'y a qu'une seule
enfilade de pièces dans la largeur de l'édifice,
et que celles-ci s'ouvrent à la fois sur la cour et le
jardin. |
|
 |
3.- la distribution est simple et juxtaposée.
Ces hôtels sont élevés suivant un modèle
qui va perdurer jusque sous Louis XIII, soit cinq niveaux :
Caves
étage demi-sousterrain
rez-de-chaussée surélevé
étage noble
comble
Les appartements sont divisés par étage, et
distribués par sexe : monsieur est en règle générale
au rez-de-chausée, madame à l'étage.
|
Le temps de la subtilité
L'hôtel "à la française" va
connaître, sous le règne de louis XIII et durant
la période Mazarin, une série d'améliorations
qui, agissant les unes sur les autres, entraînent un renouvellement
complet de l'art d'habiter. Les formules alors mises au point
seront celles utilisées depuis le règne de XIV
jusqu'à la Révolution.
Ces changements s'enchaînent les uns les autres, affectant
la distribution intérieure et aussi générale.
On peut essayer de les classer en quatres groupes:
| |
1.- La maîtrise de l'espace,
au service d'une symétrie toujours plus grande et d'une
utilisation intensive des parcelles à construire, se parfait. |
|
 |
2.- Le corps de logis simple en
profondeur est abandonné et remplacé par un corps
de logis double en profondeur, dans un souci d'agrandissement
des appartements et de commodité plus grande. Il y aura
désormais une série de pièces regardant
côté cour et une autre côté jardin,
séparées dans le sens de la longueur par un mur
de refend. |
|
 |
3.- Les combles se modifient. On ne peut plus, en effet, couvrir
de la même manière un corps deux fois plus large,
sous peine d'être obligé de construire d'immenses
combles droits coûteux en bois et de perdre beaucoup d'espace.
Mais les progrès de l'art de la charpenterie ont bientôt
raison du comble droit à la française. C'est ainsi
que du doublement en épaisseur des corps de logis apparaît
une seconde innovation, le "comble brisé". Mis
en forme par Pierre Lescot au louvre d'Henri II, il est rapidement
appelé "comble à la mensart", car François
Mansart l'utilisa assez tôt et avec ingéniosité.
Ce nouveau comble se présente un peu comme un comble droit
dont on aurait brisé la pointe pour l'aplatir : le toit
comporte donc deux fois deux pentes, contre deux versants uniques
auparavant. La partie la plus verticale s'appelle un "brisis",
l'autre, plus plate, un "terrasson".
En raison de la pente, le brisis est recouvert d'ardoises,
le terrasson de tuiles plates, solution la plus courante, qui
donne au toit parisien de la période classique une chaleur
de couleur unique.
|
|
 |
4.- Cependant, la dernière
innovation, celle du "plan désaxé", est
la plus décisive et semble couronner l'évolution
des années 1630-1640. On la trouve esquissée dès
1546 à L'hôtel Carnavalet, mais, comme le comble
brisé, elle ne sera appliquée véritablement
qu'à partir du milieu du XVIIe siècle. Ce plan
désaxé consiste à créer non pas une,
mais deux cours côte à côte, la grande cour
et la cour des communs, en conservant derrière le corps
de logis un seul jardin. Ainsi, l'axe de la porte d'entrée
et de la façade principale sur la cour d'honneur n'est
plus le même que celui de la façade sur jardin :
il y a un désaxement . |
Pour être complet, il faut évoquer trois types
de plans non orthodoxes :
- le premier consiste à placer le corps de logis principal
en façade et non au fond de la cour.
- le deuxième type de plan est celui de L'hôtel
double. Celui-ci s'organise apparemment comme un seul hôtel
mais en forme en réalité deux.
- le troisième type est le plus complexe : il peut être
qualifié de plan en "poêle à frire". Sur la rue sont édifiés deux immeubles de rapport
possédant chacun leur entrée, sous lesquelles prend
une longue allée conduisant à L'hôtel proprement
dit, établi en arrière. L'hôtel de Berlize,
rue du Temple, en est le meilleur exemple.
|