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Victor Hugo


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D'ombre et de marbre / Hugo face à Rodin
EXPOSITION TEMPORAIRE
17 octobre 2003 - 1er février 2004

Victor Marie Hugo Né à Besançon en 1802 en pleine épopée napoléonienne, Victor Marie Hugo admirait son père qui sera comte et général d'Empire (mon père, ce héros au sourire si doux). Il grandit sous le "triple rayon" d'une enfance de poète : un jardin, un vieux prêtre et sa mère [Sophie Trébuchet, 1772-1821] (Les Rayons et les ombres). Ses études dans l'un des meilleurs lycées de Paris (Louis-le-Grand) lui permettent de se faire connaître encore jeune avec son premier recueil de poèmes: Odes (1822), pour lequel il obtiendra une pension de Louis XVIII.

Il se marie avec Adèle Foucher, son amour de jeunesse, dont il eut cinq enfants, et qui devra plus tard le partager avec sa maîtresse à vie, Juliette Drouet. Tenté par l'alliance du sabre et du goupillon, comme on définit plus tard cette monarchie, Victor Hugo est peut-être en bonne voie pour devenir Chateaubriand, mais n'est certainement pas encore lui-même.

Victor Hugo, chef de file d'un groupe de jeunes écrivains (le Cénacle*), publie sa première pièce de théâtre en vers, Cromwell (1827) et affirme des opinions libérales. Y succèdent les Orientales (1829). Lors de la "bataille" d' Hernani , sa pièce de 1830, il est un porte parole du romantisme et se retrouve aux côtés de Gérard de Nerval et de Théophile Gauthier (si admiré de Baudelaire ) contre les tenants d'une tradition classique.

Ce génie, possédé d'une ambition à la hauteur de sa valeur et entièrement dévoué à la cause de l'esprit, conquit les Lettres comme jadis d'autres l'Europe , à un rythme effréné. À son premier roman historique, Notre-Dame de Paris (1831) succèdent des pièces dramatiques, Marion de Lorme (1831), Le roi s'amuse (1832), Marie Tudor (1833) et son chef d'œuvre romantique, Ruy Blas (1838); des recueils de poésie, les Feuilles d'automne (1831), les Chants du Crépuscule (1835), les Voix intérieures (1837) et les Rayons et les ombres (1840).

Victor Hugo, on le sait, est le fils d'un général d'Empire, qui, comme presque tous, fut d'abord soldat de la Révolution. Quoi d'étonnant à ce qu'aux aspirations et à la gloire de ce récent passé il se sente appelé à répondre, par toutes les conquêtes de la pensée et de la plume? Élu à l'Académie française en 1841, Victor Hugo suit à sa manière d'illustres traces. Il publie en 1842 Le Rhin, lettres à un ami , relation d'un voyage effectué en 1840 dans la vallée du Rhin, où transparaît son idéal européen , encore frais des avancées napoléoniennes . Retour aux anciennes origines lorraines? Pèlerinage sur les traces du père qui fut blessé devant Mayence dans l'armée du Rhin? Désir de revivre, en privé, l'aventure de ceux qui avaient "Chassé vingt rois, passé les Alpes et le Rhin, Et leur âme chantait dans les clairons d'airain !" [Waterloo, in Les Châtiments, livre V - L'autorité est sacrée 13 - L'Expiation II]? Entrepris lui aussi avec la complicité amoureuse de Juliette Drouet, comme le précédent voyage dans la vallée du Rhin, le Voyage vers les Pyrénées ( Alpes et Pyrénées ), effectué en 1843 sur l'autre frontière naturelle dépassée (son père commanda la province de Guadalajara et fut Comte de Siguenza), en constitue le pendant.

De la mort de Léopoldine à la République

Dans sa vie privée, dix ans après la rencontre de Juliette Drouet**, qui restera sa maîtresse jusqu'à la mort, et peu avant sa liaison avec Léonie d'Aunet ***, disparaît dans les eaux de la Seine sa fille Léopoldine (1843), alors qu'il était de retour de voyage dans les Pyrénées. Ce déchirement personnel poussa Victor Hugo à réviser son action, et, sans abandonner la littérature, il entama une carrière politique. Nommé Pair de France par Louis-Philippe en 1845, mais devenu républicain, il rejoint Lamartine dans la conviction que la République universelle sera le dernier mot du progrès. Élu à l'Assemblée constituante de 1848, il finira par s'opposer au Prince Louis-Napoléon, neveu du premier, qu'il affublera plus tard du terme " Napoléon-le-petit " dans le pamphlet du même nom (1852) et dans les Châtiments, livre II, VII ("Napoléon le petit [...] ce nain tout-puissant"). Victor Hugo dénonce avec virulence un régime qui privilégie la police sur la justice : "La guérite vous guette et le confessionnal vous espionne." Choses vues, décembre 1850. Violemment opposé au coup d'État du 2 décembre 1851, il doit prendre le chemin de l'exil jusqu'à la chute de Napoléon III (1870).

En retrait des affaires du monde****, l'exil et la solitude, surtout aux îles de Jersey et de Guernesey, permettent à ce grand génie de donner sa mesure. Il publie les Châtiments (1853), les Contemplations [numérisées en deux parties: I pour les trois premiers livres: Aurore, L'Âme en fleur et Les Luttes et les rêves, et II pour les trois derniers: Pauca meae , En marche, Au bord de l'infini suivis de À celle qui est restée en France] (1856), et avance ainsi insensiblement en âge tout en étant révolté [Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là - Châtiments, VII, 14; Et mon coeur est soumis, mais n'est pas résigné - Contemplations , IV, 15].

À 60 ans, alors que plusieurs n'aspirent qu'à une retraite tranquille, Victor Hugo commence à publier La Légende des siècles [première série tome I et tome II ] (1859) et, en prose, des romans inoubliables: les Misérables (1862), les Travailleurs de la mer [ tome premier , tome deuxième , tome troisième ] (1866), l'Homme qui rit (1869).

Élu sénateur en 1876, il trouve encore l'énergie de continuer la Légende des siècles [1877, deuxième série ; 1883, troisième série], et de publier des poèmes: l'Année terrible (1871) et l'Art d'être grand-père (1877).

Victor Hugo n'a pas participé à la Commune de Paris (1871), mais écrit en faveur de Louise Michel , l'héroïne qui fut déportée en Nouvelle-Calédonie. Républicain, adulé du peuple, son 80ème anniversaire (1882), qui fut l'objet de réjouissances nationales, préfigura le caractère grandiose de ses funérailles (1885) ainsi que son transfert au Panthéon dont la devise "Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante" s'applique si bien à lui et à celui qui partagera sa demeure pour l'éternité: Émile Zola .

Rédigées de 1849 jusqu'à son dernier souffle en 1885, les Choses vues feront l'objet d'une édition posthume.


Sources : Pierre Cohen-Bacrie

 







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